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La Rencontre - Site L'Atelier de Colette

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LA RENCONTRE

Après quelques heures de route nous avions atteint la Sologne. L’aube éclaircissait légèrement le ciel. Le calme régnait sur cette plaine.
La fatigue commençait à se faire sentir dans ce camion de location inconfortable qui transportait les quelques objets de notre vie parisienne commune qui avait commencé un an plus tôt.
Nous nous sommes arrêtés pour faire quelques pas et boire un café tenu au chaud dans le thermos.
Francis me dit :
- Regarde ! on dirait un objet qui bouge dans le ciel.
Je scrute à mon tour et oui je vois bien quelque chose qui a l’air de descendre lentement vers la terre.
- Ils reviennent me dit-il avec une grande fébrilité dans la voix.
- Mais qui ? dis-je encore un peu endormie et engourdie par le voyage.

C’était la nuit du 23 au 24 juillet 1969.
Ils s’appelaient Neil ARMSTRONG, Buzz ALDRIN et Michael COLLINS.
Quelques nuits plus tôt nous étions agglutinés, famille et amis devant l’écran de télévision pour vivre ce moment historique en direct où des hommes mettaient le pied sur la lune pour la première fois.
Une nuit blanche pour certains captivés par ces images ouvertes sur un monde nouveau et un exploit technique.
Des héros acclamés à leur retour pour avoir posé le pied sur la lune, sauf un et en être revenus.

Nous avons continué notre route en écoutant les informations grâce à un petit poste radio portatif qui crachotait des musiques au gré de la captation des ondes.

Notre destination CASTRES dans le Tarn, ville qui nous était totalement inconnue.
Nous allions prendre nos fonctions à la direction du cinéma le LIDO que mes parents venaient d’acheter juste avant la faillite de la société qui le dirigeait.
Mes parents avaient gardé de bonnes relations avec l’ancien propriétaire et celui-ci nous trouva un appartement à deux pas du cinéma pour la commodité avait-il dit.
Nous allions vers l’inconnu mais confiants.

                                                          *********

Dans ma jeunesse chaque ville, village, hameau organisaient leur fête. On attendait avec impatience ces rendez-vous festifs, l’occasion de rencontres, de danse et d’amusement sur les manèges.
Les fêtes les plus importantes étaient celles de Pamiers et de Foix mais les petites villes ou villages et quartiers mettaient un point d’honneur à faire de leur mieux. C’était aussi l’occasion de mettre de belles robes d’inviter famille et amis pour des réunions autour d’une belle tablée.

En cette fin du mois d’août 1968 je me rendis à l’une de ces fêtes au volant de ma jolie petite 4CV blanche récemment acquise. Elle remplaçait ma mobylette qui m’avait rendu bien des services mais pas idéale pour aller à mon travail par tous les temps.  
Après avoir été employée trois années dans la librairie de la rue Gabriel Péri, j’étais maintenant secrétaire dans une entreprise de construction métallique qui se situait dans la toute nouvelle zone industrielle.
J’avais changé de métier mais aussi de salaire. J’étais la seule femme, j’entrais dans un univers d’hommes.

Quelques mois plus tôt les « évènements » comme on les appelait avaient perturbé notre vie en ce printemps 1968 mais pas autant que dans les grandes villes. Les images de révolte, de barricades que la télé, récemment achetée, nous projetait nous semblaient irréelles.
Je me souviens surtout de la pénurie d’essence et des grèves qui paralysaient les activités.

En cette soirée de fin août l’orchestre entamait un tango. Un jeune homme beau, un petit air d’Alain Delon, un regard bleu profond et captivant me dit :
- Voulez-vous danser ?
Et ce fut le coup de foudre.
Nous étions en accord sur les quelques danses que nous avons effectuées je me sentais transportée.
Francis était en vacances chez sa grand-mère maternelle.
Nous avons fait connaissance et plus durant quelques jours. Paris, la capitale, où il habitait avec sa famille n’avait pas de secret pour lui.
Depuis son enfance il parcourait les rues, les musées, les cinémas, les parcs et jardins en compagnie de son frère.
Après avoir fait l’école Estienne il travaillait comme retoucheur dans une très grande imprimerie, aujourd’hui disparue, l’imprimerie Georges Lang.
Moi je racontais mon travail, mes copains, le cinéma de mes parents, ma vie simple.
Quelques jours se sont écoulés ainsi jusqu’à la fin des vacances.
La séparation fut douloureuse.
Nous nous sommes écrit comme tous les amoureux qui se séparent et ont envie de se retrouver.

Mes parents voyaient d’un mauvais œil cette fréquentation soudaine avec un garçon qu’ils ne connaissaient pas.
J’avais beau leur dire qu’une partie de sa famille était originaire de Pamiers et y habitait, rien n’y faisait les atomes n’étaient pas crochus.
Les tensions entre mes parents et moi étaient devenues trop fortes, très pesantes.

Alors sur un coup de tête j’ai vendu ma voiture, démissionné de mon poste, fait ma valise, mes cartons et le 1° septembre 1968 j’arrivais à Paris par le train de nuit.
Pendant ce long trajet je pensais à mes parents que je venais encore une fois de décevoir mais une nouvelle vie m’attendait, un vent de liberté, une inconnue dans laquelle je me suis plongée tout entière.



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Gare d’Austerlitz. Francis était bien sur le quai. Nous nous sommes serrés très fort l’un contre l’autre et après avoir entassé valise et cartons dans la voiture nous nous sommes rendus dans son petit appartement rue de Champagne à Asnières, banlieue parisienne.
Un appartement au rez-de-chaussée d’un petit immeuble de trois étages dans une impasse calme.
Une entrée avec toilettes, une cuisine et une grande pièce avec salle de bain attenante. Peu de meuble, dans la cuisine une table un réchaud un frigidaire et un lit dans la grande pièce.
Je n’ai pas eu le temps de m’installer. Il voulait me présenter ses parents et ensuite, dit-il, nous irions à une soirée déguisée chez des copains.

Les présentations furent courtes et spontanées.
Jeannette la maman, très affairée au milieu de vêtements disparates, Jean-Pierre, le frère, qui avait revêtu un habit de clown, Annie la cadette qui essayait des robes, des jupons et enfin Robert, l’ami d’enfance de Francis qui tenait d’une main un bouchon de liège de l’autre un briquet allumé pour noircir le bouchon et ainsi se grimer le visage.
Quand tout le monde fut prêt et méconnaissable nous partîmes chez Rolland, le frère de Robert dans sa petite maison de Courbevoie.

Sur le chemin nous nous sommes arrêtés pour acheter des cigarettes, le buraliste fut surpris de voir cette bande de clodos sympathiques. On riait comme des fous.

Le sous-sol de la maison avait été emménagé « en boîte de nuit ». Les murs tapissés de boîtes d’œuf pour l’acoustique, des bancs et des chaises disposés contre les murs, un tourne disque, une pile de 33 tours, au plafond la fameuse boule à facettes, la lumière tamisée, tout était en place pour des soirées animées.
Francis me présenta à ses copains mais comme tout le monde était déguisé la situation était cocasse.

Le dimanche suivant j’ai fait la connaissance de Georges le papa.
Nous étions assis sur le canapé du salon en attendant le retour de Georges et Jeannette de leur maison de campagne.
Quand soudain la porte d’entrée s’ouvrit avec fracas, la voix forte et aigüe de Jeannette exprimant un énervement couvrait le bruit que fit une boîte d’œufs s’écrasant lamentablement dans l’entrée.
Georges tenta de m’embrasser les bras encombrés par un cageot rempli de légumes qu’il tentait d’emmener à bon port vers la cuisine.
Je venais d’assister à l’une des nombreuses querelles du couple.
Heureusement Georges était peu présent très occupé par son travail.
Il était chauffeur du sénateur de Seine Saint-Denis.
Il n’était pas rare, lorsque nous dinions chez les parents de Francis que Georges rapporte foie gras, langouste, caviar et autres victuailles des réceptions données par le sénateur.

Durant plusieurs jours j’ai visité la capitale. J’étais en repérage. J’observais ce nouveau monde grouillant, triste et toujours pressé.
Au bout d’un certain temps je ressentis le besoin d’une activité.
Ah, heureux temps du plein emploi !
Je pris le journal, parcourus les petites annonces et j’en entourais deux.
Nous étions vendredi. J’appelais depuis une cabine téléphonique. Après avoir répondu à quelques questions on me donna rendez-vous pour l’après-midi.

Je me rendis rue de l’église à Neuilly sur Seine, siège de l’entreprise.
L’entretien fut rapide et positif.
« Vous commencez lundi me dit l’homme qui m’avait reçue et que je croyais à tort être le patron ».

Le trajet n’était pas facile. Dix minutes de marche, trois quart d’heure de bus et encore un quart d’heure de marche.
L’immeuble était cossu dans l’esprit des bâtiments en pierre du XIXème siècle. Les bureaux se trouvaient au rez-de-jardin, je devais travailler en sous-sol.
Je fis connaissance avec le Grand Patron qui avait un nom précédé de « de » très sympathique un peu paternaliste.
Le directeur que j’avais pris pour le patron me présenta à l’ensemble du personnel de bureau. J’ai su tout de suite que je n’aurais pas de contact chaleureux avec eux. Chacun sa fonction chacun sa place.
Ensuite on se rendit au sous-sol et je fus présentée à mon directeur et au magasinier avec lequel je ferai équipe.
Un monsieur bon enfant grâce auquel j’ai pu intégrer mon travail dans les meilleures conditions.
La société CPLC installait des revêtements de sol (moquette, carrelage, gerflex) dans des grands ensembles tels que ceux de la Défense en plein essor mais aussi des « ZUP » qui poussaient comme des champignons.
J’étais chargée de passer les commandes auprès des entreprises telles que France tapis, Sommer ou Gerland. Cela représentait des milliers de mètres carrés.
Je passais mon temps au téléphone et devais m’assurer que la marchandise arrivait à bon port. Ce qui n’était pas toujours le cas …
J’aimais mon travail et le quartier y était aussi pour beaucoup.
Pendant la pause déjeuner je me promenais avenue du Roule ou quelques fois jusqu’à l’avenue de la Grande Armée. Paris m’enchantait.

Certains soirs on se retrouvait chez les parents de Francis dans une ambiance toujours chaleureuse cela me rappelait les joyeux moments passés avec mes cousins.
Je prenais le métro et me positionnais sur le siège près de la vitre et je m’endormais.
Combien de fois, réveillée soudainement, je constatais que j’avais raté la station.
Nous sortions beaucoup cinéma, théâtre, visite de la région et week-end dans la maison de campagne. Une maison sans trop de confort avec un grand jardin en bordure de la forêt de Compiègne.
Georges y cultivait des légumes, élevaient des poules et des lapins.
La famille se retrouvait là, l’ami Robert également. Par mauvais temps nous faisions d’interminables parties de Monopoly ou autres jeux de société enveloppés dans nos chandails et écharpes auprès d’un poêle qui ne chauffait guère. Par beau temps nous partions dans l’immense forêt pour des promenades bucoliques. Le mot « farniente » était inconnu de la famille.
Francis, son frère, sa sœur et l’ami Robert étaient débordants d’activités.
Je suivais le mouvement, heureuse de cette ambiance chaleureuse et bruyante qui contrastait avec ma vie tranquille auprès de mes parents.

Je leur écrivis au bout de quelques jours pour les rassurer et leur dire que j’avais trouvé du travail et que tout allait bien.

Je n’ai aucun souvenir du Noël 68 que pour la première fois je passais sans mes parents et le réveillon du jour de l’an se passa, seuls, Francis et moi, dans un restaurant assez classique.
Ma nouvelle vie avait tout de même des moments de nostalgie.

J’appris à courir dans le métro pour attraper une rame afin de gagner quelques minutes précieuses, j’appris avec étonnement à ne pas toucher les fruits chez les commerçants et à entendre « c’est à qui le tour ? » de la part d’un boucher dont le ton se voulait familier, j’appris qu’il ne fallait pas dire « chocolatine » ni « poche » mais pain au chocolat et sac.
Mon accent faisait rire et quand je disais que j’arrivais de l’Ariège je créais un moment de panique géographique.

Le printemps arriva vite et Francis et moi avons décidé de nous fiancer.
Mes parents firent le voyage. Ils visitèrent notre petit studio. Les retrouvailles se passèrent sans heurt.
Une petite fête simple eut lieu dans la maison de campagne en comité restreint. Il faisait beau, l’ambiance était bonne, nos parents avaient l’air de très bien s’entendre.
J’emmenais maman dans les grands magasins pour choisir le tissu de ma robe de mariée. Sans le montrer maman était agréablement surprise par la beauté des lieux et le choix des articles. Paris c’est Paris.

C’est alors que lors d’une conversation privée entre mes parents Francis et moi une question nous a été posée « que diriez-vous de diriger un cinéma en Province ? ». Avant que je puisse émettre mon opinion Francis avait dit oui. Le sort en était donc jeté.
Je serais bien restée à Paris mais je ne me souviens pas que l’on m’ait demandé mon avis.

La date de notre mariage fut fixée le 10 juillet 1969. Nous avons fait le tour des copains pour leur annoncer notre départ vers Castres.
J’ai donné congé verbalement à mon travail. C’est le patron lui-même qui m’a reçue. Il me posa beaucoup de questions sur ma destination et l’objet de mon changement de vie.
Tout se précipita.
Les rendez-vous du mariage ont été pris par mes parents. Publications des bans, rendez-vous chez la couturière, réservation d’une salle etc…
Je vécus la semaine du mariage dans un tourbillon.
Tout allait très vite, trop vite.
Alors que nous vivions depuis plusieurs mois dans le « péché » ma mère exigea que Francis ne dorme pas avec moi cette dernière nuit de célibataire. C’était un peu surprenant mais nous avons cédé. Pour nous cela n’avait pas beaucoup d’importance.
Tôt le matin la couturière était venue m’habiller, mon père fit le chauffeur, je montais à l’arrière de la DS et nous avons traversé la longue rue Gabriel Péri sans un mot. Nous avons monté le magnifique escalier de pierre de la Mairie et je les redescendis au bras de mon mari et nous avons fait une très belle photo dans le jardin.
Puis la cérémonie à l’église où j’ai bafouillé sur le texte des échanges de vœux.
Tout avait été parfait. Cependant je suis sûre que je survolais cette journée sans vraiment y participer.
Le soir de la cérémonie en enlevant ma belle robe j’ai eu un sentiment de vide absolu.



Mais il fallait repartir à Paris pour le déménagement.

Et c’est ainsi qu’après avoir parcouru plus de 800 kilomètres et avoir vu le retour des cosmonautes que notre camion s’arrêta devant notre appartement de Castres, rue Henri IV ce grand roi assassiné.

L’appartement était sinistre, tout neuf, tout carrelé.
Mon père, qui nous attendait, ne me laissa pas m’endormir sur cette déception, il nous dit :
Ne vous installez pas car à la fin de l’année j’aurai acheté la Ste qui gère le théâtre de l’Odéon.
Que dire ?


Le Lido est un très grand bâtiment construit en 1948 sur les bords de l’Agout qui traverse Castres. L’entrée se situe sur le quai dominant la rivière.
L’ancien directeur nous fit la visite. Un grand hall pavé de marbre, à gauche la caisse, le bureau, un bar. A côté du bar des escaliers permettaient d’accéder à la cabine de projection, en face de la caisse les portes qui accédaient au balcon et un immense escalier descendait vers l’orchestre.
Mon père attendait notre réaction qui lui plut car ce cinéma de 840 places était vraiment un bel outil de travail.
Mais parce que vous ne connaissez pas mon père il nous fit en privé le diagnostic des défauts auxquels il fallait remédier sans coup férir.
L’acoustique était mauvaise, l’appareil de projection à revoir, l’écran était sale etc…

Dans les heures creuses Francis suivait les conseils de mon père pour réaliser une protection sonore sur les murs du balcon. Perché en haut d’une double échelle il faisait des plis sur une toile plastifiée. Mon père avait déjà pratiqué ce travail dans l’un de ses cinémas. Résultat garanti.
Chaque midi nous avions autour de notre table l’ingénieur qui venait de Toulouse pour réviser l’appareil de projection.
Monsieur NEBOU était espagnol. Il avait fui l’Espagne de FRANCO. Il nous racontait sa vie, son aventure dangereuse pour avoir fui son pays en y laissant hélas sa famille.

Pendant ce temps je me familiarisais avec la ville et ses commerces.
Le samedi matin un grand marché se tenait sur la place Jean JAURES, place Nationale disaient les anciens, où trônait la statue du grand homme enfant du pays.
Pierre Fabre était notre pharmacien pas encore connu dans le monde entier pour ses laboratoires.
Il fit appel à nous à plusieurs reprises pour projeter des films publicitaires, un homme charmant, simple et très réservé.

La ville vivait de l’industrie textile alors très florissante dans le sud du Tarn. Délainage, filature, tissage, commerces … les grandes maisons de couture venaient s’approvisionner à Castres.

Notre vie s’installait petit à petit.
Francis passa son diplôme d’opérateur indispensable pour maîtriser cette technique nouvelle pour lui.


(à cette époque il n’y avait pas de voitures qui stationnaient)
 
A la fin de l’été l’achat de la Sté qui gérait l’ODEON se précisa.
Nous avions eu l’occasion de connaître nos confrères.
Nous nous sommes présentés au domicile de Mme CARAYOL propriétaire du cinéma Le Palmarium et le Palace.
Sa fille Marie-Amélie nous fit comprendre assez sèchement que nous aurions affaire à elle.
Et ce fut le cas.
Sous prétexte qu’elle avait fait un an de droit à la faculté de Toulouse elle cherchait et trouvait toujours matière à intenter des procès.
C’est ainsi que ce jour-là alors que nous prenions le thé en compagnie de sa charmante maman Marie-Amélie nous dit « c’est moi qui aurais dû acheter le Lido ».
Nous n’avons rien répondu.

De son côté Mr TORJMAN commença à me harceler en formulant toujours la même question « quand est-ce que votre père achète l’Odéon ? » et moi formulant toujours la même réponse « adressez-vous à mon père ».

En septembre il nous fit visiter les lieux.
Nous sommes entrés par la grande porte de service et là oh stupéfaction.
L’état de délabrement nous surprit. Au rez-de-chaussée se trouvait une partie des appartements privés. Sur la gauche une grande pièce servant de salle à manger dont la tapisserie tombait en lambeaux en suivant une cuisine encombrée du sol au plafond de cages d’oiseaux enfermant des dizaines de volatiles qui ornaient les murs de leurs déjections.
De l’autre côté du hall d’entrée deux pièces en continue dans un état similaire.
Le mur de l’une d’entre elle était ornée d’un tableau panaronique représentant le stade de Rio de Janeiro, le Maracana. Mr TORJMAN était arbitre international. Il avait arbitré une coupe du monde dans ce stade et en était très fier.

Dans les étages même constat de saleté, de poussière autant dans les loges que dans les pièces qui nous serviraient de chambres.

Nous sommes passés ensuite sur la scène immense. L’écran de cinéma était fixé sur des roues afin de le reculer au maximum les jours de représentation théâtrale ou autre manifestation. Il y avait aussi un piano à queue.
Le « piano » c’est-à-dire le tableau électrique était fait de manettes en porcelaine.
Enfin un magnifique rideau rouge fermait la scène manuellement.

Ce théâtre à l’italienne était très beau mais mal entretenu.
Conçu par l’architecte Joseph GALINIER, élève de Charles GARNIER, il fut inauguré le 17 avril 1904.
Le tableau du foyer ainsi que la coupole ont été réalisés par Jean-Paul LAURENS décorateur du Panthéon et de l’Odéon de Paris.
Je remarquais les lampes pigeons contre les balconnières. Plus tard lorsque j’explorerai les combles je trouverai des centaines de verres de ce type qui ne servaient plus à rien. L’électricité était passée par là.

Nous avons emprunté les coursives pour arriver au hall d’entrée à la cabine de projection, à la caisse et au deuxième hall dont les portes battantes ne résistaient pas au vent d’autan.
La vue était splendide sur les jardins de la Mairie dans le style de Le Notre.

C’est donc là que nous allions vivre quelques mois plus tard et pendant quatre ans.
Des années intenses, des moments difficiles, d’autres passionnants, des aventures rocambolesques, des rencontres surprenantes, enrichissantes, une vie privée qui ne le sera pas trop mais une parenthèse inoubliable.

                                                                     A suivre






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